Errances Sahariennes

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Samuel Courtois

Samuel Courtois Carnets de route au désert, poésies, écrits en errance. Sensations notées au pas des chameaux, sur mon cahier d'école. Pas de photos, ni de technologies complexes. Un bic et du papier... volant.

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Frugalité

Par Samuel Courtois :: 18/09/2007 à 16:30 :: Maroc

Repas de sardines et de pain. Thé, huile. Nous n’avons plus de légumes. Le bois manque pour cuire quoi que ce soit. Le puits est ensablé, alors l’eau se fait rare. Celle qui nous reste suinte à travers la peau de bouc suspendue à une branche. Nous nous contentons de peu. Et cela nous convient. Je me souviens de cet adage Maure : qui ne se satisfait pas de peu, ne se satisfait pas de beaucoup. Aujourd’hui, nous n’avons pas le choix.

Une seule pièce en longueur

Par Samuel Courtois :: 21/08/2007 à 9:26 :: Maroc

La maison de Basso est plus haut sur les pentes. Une seule pièce en longueur, tout au fond de la cour. La porte rouille. Dedans, des nattes hors d’usage, des couvertures crasseuses et cette odeur d’urine. Sur les murs peints en rose la moiteur dégouline.

 

Nous finissons notre repas. Oignons, poivrons, pain, huile, sardines. Les épluchures s'amoncellent dans un coin de la pièce. Un morceau de bougie enfoncée dans le col d’une bouteille. Une théière et des verres, un plateau, une gamelle. Il y a trop de mouches. Probablement attirées par le barda du mulet encore trempé de sueur.

 

Quelques heures à patienter encore. Ces quatre murs m’oppressent. Trop lourds après le vent, trop sombres après la lumière, trop raides, trop murs. Ces quelques heures pesantes, interminables, durent. La sieste est laborieuse. Basso se lève. Et puis se couche. Et puis se lève encore. Qu’est-ce que nous serions bien, ailleurs.

Halte méridenne

Par Samuel Courtois :: 08/08/2007 à 12:40 :: Maroc

Halte méridienne. Nous répétons les gestes de la veille. Rassembler un peu de bois sec et chauffer une première théière. Le thé. Unique remontant. Puis étaler la couverture, couper deux tomates et un oignon. Ce sont nos derniers légumes. Un peu de pain, des sardines en boite et de l’huile. Enfin, trois petits verres de thé.

 

La sieste est difficile. Le vent souffle vraiment très fort. Le sable s’immisce en chaque recoin de mon chèche. Ces cathédrales de poussière volatile m’attirent. Je ne peux rester là, à les regarder. Je veux les piétiner, sentir cette poudre orange entre mes doigts, sentir la brûlure du désert.

 

Le soleil est au zénith. J’ajuste mon turban. Mes pieds s’enfoncent dans le sable brûlant. Le vent souffle, dans un assourdissant silence. Cet océan de poussière ocre me fait perdre la tête. Rapidement les repères vacillent. J’ai le vertige. Aveuglé, je rejoins mes amis à l'ombre et m'endors.

La nuit sans lune

Par Samuel Courtois :: 24/07/2007 à 12:39 :: Maroc

Il n’y a maintenant plus d’huile pour le pain, plus de lueur à l’horizon, plus de feu pour le thé, plus d’oiseaux pour le silence. Je tire ma natte et ma couverture à l’écart du foyer. La nuit sans lune est peuplée de milliards d'étoiles. D'araignées, de scorpions, de gerbilles et de poissons.

Des cailloux et des traces

Par Samuel Courtois :: 21/07/2007 à 15:59 :: Maroc

Les verres que l’on dépose font des ronds sur le sable. Les grains agglutinés par le thé roulent en bas de la pente.

 

Le jour s’apaise enfin. Lentement, comme le reste. Les dromadaires entravés s’éloignent vers la source en sautillant. Les dunes étirent leurs ombres, jaunes, orangées, multicolores. Le soleil rougeoyant a disparu derrière les crêtes. Les ombres élastiques se fondent maintenant dans leur masse. Le vent s’est tu. Le silence règne. Et le reflux du sable a laissé derrière lui des cailloux et des traces. Celles de Brahim s’éloignent encore en direction de la montagne. Sa silhouette enténébrée se perdra bientôt dans la nuit.

 

Le murmure du thé dans les verres, et Mohamed qui veut me voir écrire. Raconter son pays. Je n’en sais pas grand-chose. Le vent, le sable, et puis rien d’autre. De la chaleur un peu, et le pas lourd des dromadaires. Eux aussi disparaîtront bientôt, dans les ténèbres d’une nuit sans lune.

 

Les yeux levés vers le ciel, j’attends déjà les étoiles. Ils n’ont pas dû se satisfaire de rien, pour vouloir se perdre encore dans le vide.

En attendant après

Par Samuel Courtois :: 13/07/2007 à 7:50 :: Maroc

Au-delà du muret, un jardin. Un jardin sec. Un jardin sec et seul. Immensité close, pour trois fois rien. Les plantes aussi cherchent l’espace. Elles voient venir au loin les dunes de Chigaga. Les dunes qui progressent à pas de grains infimes. Patience de la terre, et patience du jardin. Qui enseigne aux hommes libres la nonchalance des braises. Au-delà du muret, j’entends le thé qu’on verse. Le thé au fond des verres, en attendant après.

Lahcen toujours à l'ombre

Par Samuel Courtois :: 07/07/2007 à 8:43 :: Maroc

Les dunes s’élargissent peu à peu. Le paysage se mue en de multiples détails. Un point devient une tente, une ligne courbe offre un passage, et le silence murmure, le bruit des cailloux sous nos pas.

 

Pendant ces deux semaines, le campement nous attendait vraiment. Lahcen toujours à l’ombre. Quelques dromadaires, des bidons en vrac, la source non loin, un chien roulé en boule, le sable un peu partout et la théière au milieu.

 

Sous la tente, je m’allonge sur un tapis moelleux. La fatigue m’envahit soudain. Et la chaleur devient pesante. Le vent me manque déjà. Je ressens dans mes yeux le regard lointain des nomades. Besoin de scruter l’horizon, toujours plus en détail. Et la lumière jaune. Très jaune. Telle que je l’aime. Sous les cieux unis du désert. D’un bout à l’autre, l’horizon, jaune.

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