Errances Sahariennes

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Samuel Courtois

Samuel Courtois Carnets de route au désert, poésies, écrits en errance. Sensations notées au pas des chameaux, sur mon cahier d'école. Pas de photos, ni de technologies complexes. Un bic et du papier... volant.

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Halte méridenne

Par Samuel Courtois :: 08/08/2007 à 12:40 :: Maroc

Halte méridienne. Nous répétons les gestes de la veille. Rassembler un peu de bois sec et chauffer une première théière. Le thé. Unique remontant. Puis étaler la couverture, couper deux tomates et un oignon. Ce sont nos derniers légumes. Un peu de pain, des sardines en boite et de l’huile. Enfin, trois petits verres de thé.

 

La sieste est difficile. Le vent souffle vraiment très fort. Le sable s’immisce en chaque recoin de mon chèche. Ces cathédrales de poussière volatile m’attirent. Je ne peux rester là, à les regarder. Je veux les piétiner, sentir cette poudre orange entre mes doigts, sentir la brûlure du désert.

 

Le soleil est au zénith. J’ajuste mon turban. Mes pieds s’enfoncent dans le sable brûlant. Le vent souffle, dans un assourdissant silence. Cet océan de poussière ocre me fait perdre la tête. Rapidement les repères vacillent. J’ai le vertige. Aveuglé, je rejoins mes amis à l'ombre et m'endors.

Le thé

Par Samuel Courtois :: 01/08/2007 à 10:30 :: Poésies

Le thé,

Trois fois bu et partagé.

Après des heures de hamada,

Le silence est rompu,

Enfin,

Par ce murmure au fond des verres.

La nuit sans lune

Par Samuel Courtois :: 24/07/2007 à 12:39 :: Maroc

Il n’y a maintenant plus d’huile pour le pain, plus de lueur à l’horizon, plus de feu pour le thé, plus d’oiseaux pour le silence. Je tire ma natte et ma couverture à l’écart du foyer. La nuit sans lune est peuplée de milliards d'étoiles. D'araignées, de scorpions, de gerbilles et de poissons.

Des cailloux et des traces

Par Samuel Courtois :: 21/07/2007 à 15:59 :: Maroc

Les verres que l’on dépose font des ronds sur le sable. Les grains agglutinés par le thé roulent en bas de la pente.

 

Le jour s’apaise enfin. Lentement, comme le reste. Les dromadaires entravés s’éloignent vers la source en sautillant. Les dunes étirent leurs ombres, jaunes, orangées, multicolores. Le soleil rougeoyant a disparu derrière les crêtes. Les ombres élastiques se fondent maintenant dans leur masse. Le vent s’est tu. Le silence règne. Et le reflux du sable a laissé derrière lui des cailloux et des traces. Celles de Brahim s’éloignent encore en direction de la montagne. Sa silhouette enténébrée se perdra bientôt dans la nuit.

 

Le murmure du thé dans les verres, et Mohamed qui veut me voir écrire. Raconter son pays. Je n’en sais pas grand-chose. Le vent, le sable, et puis rien d’autre. De la chaleur un peu, et le pas lourd des dromadaires. Eux aussi disparaîtront bientôt, dans les ténèbres d’une nuit sans lune.

 

Les yeux levés vers le ciel, j’attends déjà les étoiles. Ils n’ont pas dû se satisfaire de rien, pour vouloir se perdre encore dans le vide.

Jour de carême

Par Samuel Courtois :: 18/07/2007 à 9:15 :: Poésies

Seul, un croissant de lune

Descend sur l’horizon.

Le ciel s’enivre

A l’appel du muezzin.

Le cœur est à la fête.

La radio psalmodie

Des versets en arabe,

Etouffés par le chant des femmes.

Sous la tente,

Le thé coule toujours.

 

Jour de carême.

Hammo ne mange pas.

Mes doigts dégoulinent

Au dessus d'une soupe aux lentilles.

Le pain est frais et croustillant.

Les chèvres se sont tues.

Le vent aussi,

S'évanouit derrière les dunes.

Sous la tente,

Le thé coule toujours.

 

Rupture du jeune

Lorsqu’on ne distingue plus

Un fil blanc d’un fil noir.

Le lait aigre des chèvres,

Le pain,

Les dattes.

Retrouvailles généreuses

Autour de la famille assemblée.

Sous la tente,

Le thé coule toujours.

En attendant après

Par Samuel Courtois :: 13/07/2007 à 7:50 :: Maroc

Au-delà du muret, un jardin. Un jardin sec. Un jardin sec et seul. Immensité close, pour trois fois rien. Les plantes aussi cherchent l’espace. Elles voient venir au loin les dunes de Chigaga. Les dunes qui progressent à pas de grains infimes. Patience de la terre, et patience du jardin. Qui enseigne aux hommes libres la nonchalance des braises. Au-delà du muret, j’entends le thé qu’on verse. Le thé au fond des verres, en attendant après.

Timia, Niger

Par Samuel Courtois :: 11/07/2007 à 12:02 :: Niger

A l’approche des monts Bagzane, le terrain devient de plus en plus accidenté. Les montagnes s’élèvent et les vallées se resserrent. Manquent maintenant les touffes d’herbe et l’ombre salvatrice des arbres au milieu des amas rocheux que les chameaux peinent à franchir.

 

En arrivant dans les ruelles de Timia, la lune brille haut dans le ciel. Nous baraquons et quittons l’oued pour pénétrer dans un dédale de couloirs serpentant entre les petites maisons de banco. Je ne distingue du paysage que la silhouette des palmiers hirsutes et des sombres montagnes au dessus des maisons bleutées par la nuit. J’entends les cris des enfants, les conversations des femmes et des hommes, mais ne verrai personne ce soir là. Les sons qui me parviennent sont les échos d’une vie simple mais joyeuse, comme une invisible cour de récréation.

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